Analyse de la crise pour les relations professionnelles

COVID-19 LA STRATEGIE SOCIALE DANS LA MOBILISATION DES ENTREPRISES

 Ces derniers mois, les entreprises françaises ont vécu à répétition des évènements extérieurs majeurs, qui sont intervenus comme autant de ruptures dans le cours ordinaire de l’activité professionnelle. Après le mouvement des gilets jaunes, celui des manifestations et des grèves à l’occasion des retraites, les entreprises sont dernièrement confrontées au Covid-19. Autant d’évènements imprévisibles qui ont rompu des processus internes, entamé les résultats et mis à mal nombre d’équilibres internes dans les ressources humaines, le management, la confiance… Le Président de la République a qualifié à plusieurs reprises, cette dernière période de « guerre », et l’on a décrété l’état d’urgence sanitaire. 

A de très rares exceptions d’entreprises françaises implantées à l’étranger, le mode professionnel ne s’était, et depuis bien longtemps, confronté à des évènements autant imprévisibles certes, mais aussi profondément impactant pour la vie ou la survie des entreprises, tout comme pour la cohésion des corps sociaux qui les composent. Dans le même temps et avec ce même contexte, on assiste à des prouesses logistiques ; à des consciences professionnelles aigues et un sens du service qui va bien au-delà des contrats et des définitions de postes. « Krisis » est bien ce moment clef d’une bascule possible entre un chaos et un sursaut. 

Les Directions d’entreprises, les Directions des Ressources Humaines, mais l’encadrement et les partenaires sociaux également, tout comme les administrations, vont devoir se pencher sérieusement sur les évènements de ces derniers mois et les phénomènes économiques et sociaux qui se sont manifestés en ces occasions. Tirer les leçons des évènements, analyser les conséquences et les impacts à court, moyen et long terme, restent sûrement une nécessité : si ce n’est un devoir. Comprendre nos ruptures et nos fragilités afin de les prendre en compte à l’occasion d’autres évènements de cette nature, fait désormais partie de nos responsabilités. Le conflit – et plus seulement la guerre économique – est polymorphe, et il nous oblige, si nous voulons assurer au mieux la continuité de nos missions, services et activités dans la société. La stratégie sociale, au sein de chaque entreprise, doit désormais être élaborée, travaillée par tous ses protagonistes, et donner lieu à une consultation de principe, afin d’être mobilisable dans les situations d’urgence. L’observation immédiate de ces derniers mois, dans les situations évoquées, a fait apparaitre que les seules clauses et conditions classiques des contrats de travail ne suffisaient pas à assurer la mobilisation et l’engagement des salariés. Il a fallu en toute hâte, assurer la protection et la sécurité, veiller à la reconnaissance, proposer le renfort, adapter les règles, s’occuper du repos et du soutien devant toute riposte opérationnelle face à des situations exceptionnelles. Plus encore cette période a fait apparaitre les lignes de vie, où la culture d’entreprise, l’exemplarité de tout l’encadrement, le sens du service et une forme d’abnégation formaient le ciment de tout ce que l’on pourrait décider autrement. L’exemple extraordinaire des équipes médicales et soignantes est à cet égard, une grande leçon pour tout le monde. 

Plus que jamais l’organisation de l’urgence et de la gestion potentielle de l’imprévu, doit rester une des grandes leçons de cette période. Ce n’est plus une sensibilisation ou une formation qu’il nous faut désormais élaborer dans nos entreprises, mais un entrainement à la gestion de crises qu’il nous faut déployer. Le temps n’est plus à rechercher des recettes pour développer la marque employeur ou des services pour favoriser l’adhésion des salariés. Nous sommes en train de partager la plus vive expérience collective de ce qui nous lie, nous relie et nous tend vers ce qui parfois, nous dépasse. Mais n’est-ce pas cela qu’entreprendre ? 

Le travail, comme la présence des services et des commerces, en de telles circonstances, ne se limitent pas à une activité qui ne serait qu’économique. On a bien compris qu’elle était autant sociale que politique.

 Gérard TAPONAT, DRH et Professeur associé en stratégie sociale à Paris Dauphine