Dialogue du Handicap & handicap du Dialogue

AGEFIPH 27 Novembre 2017

Dialogue du Handicap & handicap du Dialogue

Voilà bientôt 30 ans, que j’exerce les métiers des Richesses Humaines, comme Manager, puis comme Directeur : le plus souvent dans le domaine qu’il est convenu d’appeler les Relations Sociales. Aujourd’hui je viens vous partager l’expérience qui est la mienne ; le témoignage d’une dimension particulière de nos métiers.

En effet, j’ai discerné dès le début des dispositions légales en matière de handicap dans le monde professionnel (Première loi de 1975), combien il y avait là une question fondamentale dans cette dimension, pour l’ensemble du monde professionnel en général. Plus largement, j’ai milité pour que la dimension sociale et humaine -plus spécialement dans ce qu’elle exprimait de fragilité – soit au cœur des stratégies sociales ; des cultures d’entreprises ; de la vie des organisations ; des projets économiques. Agir pour que cet infiniment.

 

  • Le 8° jour de la négociation

La première loi de 1975 a ouvert aux autres dispositions législatives et conventionnelles, qui font que nous sommes là, aujourd’hui ; dans cette période marquée maintenant traditionnellement en Novembre, par cette semaine pour l’emploi des personnes handicapées.

Que retenir de ces plus de quarante années d’une rencontre entre le monde de l’entreprise et ce qui était alors l’autre monde du handicap ? Sinon qu’il fallait se fier au « divers » : c’était le.. divers s’y fier. Dans une approche plus singulière que l’apprentissage ; dans un accueil différent d’un contrat court ou d’un stage : l’entreprise collective, comme corps social, se mettait à hauteur d’Homme. Le « collectif » s’adaptait alors au « Singulier ».

Pour les acteurs du Dialogue Social à la française, il s’agissait aussi de la concrétisation du principe de la négociation, comme étant celle des moyens et non seulement celle des objectifs. Nous avons vu les progressions en pourcentages dans les accords et les plans d’actions, comme autant de moyens adaptés à chaque milieu professionnel.

Le Handicap a marqué la première ouverture sociétale de la mission de l’entreprise. Si aujourd’hui la RSE et les démarches sociétales ont englobé la question du handicap – parfois jusqu’à -, elles ne doivent cependant pas oublier la question originelle. Celle du multiple qui rejoint l’un : celle de l’intra qui rejoint l’extra ordinaire.

 

  • Pour chaque DRH, le Handicap en dit plus

Pour toutes les DRH qui ont compris la profondeur de l’engagement pour le Handicap dans le monde professionnel ; elles en ont retiré nombre d’enseignements et de pistes de travail. Le handicap a fécondé la qualité des actions RH. Voici comment je résume les choses par néologismes :

Handiplus : les positions initiales et respectives ne résolvent rien : il faut oser !

La leçon de l’audace ; du pari, du saut dans l’inconnu pour convenir et atteindre ensemble les objectifs.

Handimieux : les outils et méthodes RH ne suffisent pas : il faut créer ! Si les méthodes classiques RH avaient fonctionné, il n’y aurait pas eu ce déploiement d’accords spécifiques et de plans d’actions. Ces actions n’étant pas aux rendez-vous ; il a fallu créer ; inventer, imaginer des situations d’accueil ; d’adaptation ; de management….

Handiencore : les approches qui alimentent des domaines, comme celui de la GPEC. La gestion individuelle, adaptée ; personnalisée, le maintien dans l’emploi : autant d’outils qui ont largement nourris la boite à outils des entreprises où cette gestion individualisée aujourd’hui n’est plus une exception dans les entreprises.

Handistop : le début de la diversité, de la RSE…. J’aime à observer et à témoigner que le handicap est la pierre angulaire de toute diversité, de toute Responsabilité, Sociétale des Entreprises.


  •  Le handicap d’un dialogue social

Le dialogue social que j’anime depuis tant d’année maintenant, a beaucoup reçu des négociations sur le handicap, l’insertion, la collaboration avec les milieux adaptés….

On assiste à un Dialogue de lutte, de butte : de la force; du « rapport de force »…. Le sujet du handicap, maintes fois expérimentées dans les entreprises a été l’occasion d’une reprise du dialogue ; l’occasion parfois de la signature espérée d’un accord ; l’expérience, non d’un rapport de force mais de la force des rapports sociaux lorsque l’intérêt général ou le bien commun était en jeu

On me dit que le Dialogue de conquête, de concession ; d’abandon des prétentions…. Est une lutte -presque une guerre sociale- mais combien de fois avons-nous expérimenté que les parties en présence n’avaient ni rien perdu ; ni rien gagné : elles s’étaient simplement dépassées vers l’Autre.

On me dit que le Dialogue du Handicap est fragile, avec des institutions symboliques; des personnalités engagées; des enjeux. C’est vrai que la force du témoignage peut l’emporter sur la raison ; mais la convergence des motifs et motivations y trouvent une concrétisation.

On me dit – de plus en plus aujourd’hui – que ce Dialogue sur le Handicap, est parfois décalé avec les enjeux du « monde » économique; technologique; médiatique…. Que l’urgence serait ailleurs. Or c’est exactement l’inverse : si tous nos projets économiques et techniques n’intègrent pas cette dimension : il y a peu de chances qu’elle en intègre d’autres !


  •  Le dialogue social du handicap

La négociation sur le handicap continue d’enrichir la négociation sociale elle-même. C’est un dialogue où l’on n’a rien à « obtenir » de l’autre ; à « arracher » à l’autre partie. C’est un Dialogue qui recherche ce qu’il faut convenir ; ce qui est nécessaire à mettre en place….pour réussir un objectif qui se situe au-delà des protagonistes de la négociation eux-mêmes. C’est la concrétisation d’un intérêt général, d’un bien commun : dont les parties prenantes se sentent investies par leurs signatures.

Etant la négociation de moyens, par excellence, elle est un Dialogue de construction ; d’expérience ; de symboles ; de projection. Cette approche des moyens tendant vers un objectif progressif, signifie que l’on balise des étapes ; que l’on mesure le poids et le lien de chaque disposition ; la responsabilité respective de chaque acteur… C’est la négociation des profondeurs !

Cet éloge de la négociation sur le Handicap, contient – ce que j’appelle -le Dialogue de la fragilité, de la limite, de notre engagement personnel. Nous mesurons à cette occasion, à ce défi que tout ce que nous écrivons ; tout ce à quoi nous nous engageons : ne repose en fait que sur des fragilités, les nôtres et celles qui deviennent parties prenantes du sujet de notre accord.

C’est enfin le Dialogue du pays réel ; de la contingence de la vie ; de l’infiniment pratique ; de l’un visible; de l’un possible…. On peut écrire des tas de chartes (éthique et tact) ; organiser nombre d’évènements (forcément médiatiques !) ; publier les plus beaux rapports sociétaux (sur les réseaux ou en papier glacé) ; communiquer sur des slogans percutants (avec photos et larges sourires, nécessairement) …. A la conclusion de tout cela : combien de personnes (pas de statistiques ou d’individus) avons-nous accueillis, fait travailler ; développer …


  •  La négociation qualitative

Enseigner, pratiquer et témoigner de la négociation qualitative

Pour conclure notre réflexion de ce jour sur le rapport du Dialogue Social et du Handicap, quelques pistes de travail issues de mon expérience professionnelle et universitaire, à Dauphine Paris ou UQAM- Montréal.

Sortir la négociation d’un face à face, pour envisager les défis avec la pratique de la négociation qualitative dans un objectif qui dépasse les parties en présence.

Accepter de diverger pour converger, dans une époque où l’on ne débat plus, car on « tweete », on « Hastag ». Il n’y a pas de créativité et d’audace nécessaire sans cette divergence. Car pour converger, encore faut-il constater auparavant les positions initiales avant de convenir d’un intérêt supérieur qui dépasse les intérêts mêmes des parties en confrontation.

Le but du dialogue social sur le handicap est dans le cheminement. Vous le savez bien, chers amis du Handicap : commencer dans ce domaine c’est déjà créer les conditions de sa réussite. Attention de ne pas s’installer non plus, pour la Mission Handicap – ou tout autre structure ad hoc – : car alors, on devient des gestionnaires, des experts-cotables ; des « report-aires » … Là on enterre également ce magnifique projet.

Je conclue ce propos, avec une citation de Christian de Chergé, qui connait le prix du dialogue, et dont cette phrase m’habite tous les jours dans mon métier des Richesses Humaines :  « Voir des choses différemment ne signifie pas qu’on ne voit pas les mêmes choses ».

Je vous remercie. Beau chemin et belle vie à chacun et chacune d’entre vous.

Gérard TAPONAT
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